Parution de l’ouvrage « Manuel Clinique de Rééducation par la Musique »

Un véritable guide d’application thérapeutique de la musique pour les troubles d’origine neurologique. 

La neuromusicothérapie (NMT) est une forme de musicothérapie développée pour les personnes souffrant de troubles cognitifs, sensoriels ou moteurs, d’origine neurologique. Elle est efficace dans le prise en charge des AVC, des traumatismes crâniens, des atteintes des maladies de Parkinson ou de Huntington, de la paralysie cérébrale, de la maladie d’Alzheimer, d’un trouble du spectre de l’autisme, ainsi que d’autres troubles affectant la cognition, le mouvement et/ou la communication.

Le Manuel clinique de rééducation par la musique est un guide complet de ce nouveau modèle d’utilisation de la musique dans divers contextes de soin et de rééducation, testé cliniquement et validé scientifiquement. Cet ouvrage contient une description complète des vingt techniques de NMT et précise pour chacune les populations concernées, détaille les mécanismes thérapeutiques ainsi que les protocoles cliniques.

Cet ouvrage est un « incontournable » pour l’ensemble des musicothérapeutes, ainsi que pour les cliniciens et enseignants d’autres champs d’intervention: orthophonistes, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, etc. Ceux-ci trouveront dans ce guide de nouvelles perspectives sur la manière dont la musique peut contribuer significativement à la réadaptation neurologique, et comment les musicothérapeutes peuvent s’intégrer de façon complémentaire dans une équipe pluridisciplinaire.

Plus d’informations

La Médecine Fondée sur les Preuves

Terminologie

Le terme approprié en français ne fait pas encore pleinement consensus pour traduire le concept de « Evidence Based Medicine« . La littérature scientifique parle majoritairement de « médecine fondée sur les preuves », mais on peut aussi trouver cette notion sous les termes de « médecine fondée sur les données probantes » ou de « médecine factuelle ».

Définition

La médecine fondée sur les preuves est « l’utilisation consciencieuse, explicite, judicieuse et raisonnable des meilleures données probantes actuelles dans la prise de décisions concernant les soins pour un patient donné. Elle intègre l’expérience clinique et les valeurs des patients avec les meilleures informations de recherche disponibles. Il s’agit d’un mouvement qui vise à accroître l’utilisation de la recherche clinique dans la prise de décision clinique.  La raison principale de son existence est la croissance exponentielle du nombre de publications scientifiques. Pour trier l’information et aller chercher celle qui est pertinente dans un cas spécifique, il est nécessaire d’avoir une méthodologie.

La pratique basée sur les données probantes, au centre de l'expertise clinique, des préférences du patient et des données scientifiques

Dans le cadre de la musicothérapie

Se baser sur des pratiques dont l’intérêt est prouvé scientifiquement permet de trouver une nouvelle légitimité à la musicothérapie. Cela lui permet de s’insérer plus naturellement dans une équipe pluridisciplinaire, et de mieux identifier son « segment professionnel », c’est-à-dire ses domaines de compétences. 

Cela permet aussi au professionnel de faire évoluer sa pratique clinique en même temps que les avancées dans son domaine, ainsi que dans ceux ayant potentiellement un impact sur notre conception de la musicothérapie.

Ce sont d’ailleurs de recherches sur les effets de la musique sur le cerveau dont découlent les différentes techniques de la neuromusicothérapie. Une veille informationnelle permet ainsi de déterminer la pratique la plus adaptée, au plus près des besoins des patients accompagnés. C’est une ligne de conduite qui constitue actuellement ce que nous avons de plus proche des recommandations de bonnes pratiques.  

Conclusion

Ainsi, pour le formuler autrement, la médecine fondée sur les preuves est l’utilisation consciente et raisonnable des meilleures preuves scientifiques actuelles dans la prise de décisions concernant le traitement de chaque patient.

Plus concrètement, au lieu d’examiner régulièrement le contenu de douzaines de revues à la recherche d’articles intéressants, la médecine factuelle suggère d’axer notre lecture sur des questions liées aux problématiques spécifiques des patients. C’est ainsi que l’on va pouvoir « convertir l’exercice abstrait de lecture et d’évaluation de la littérature en un processus pragmatique d’utilisation de la littérature au bénéfice des patients tout en élargissant la base de ses connaissances ».

Source :

Masic I, Miokovic M, Muhamedagic B. Evidence based medicine – new approaches and challenges. Acta Inform Med. 2008;16(4):219–225. doi:10.5455/aim.2008.16.219-225
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Journée Européenne de la Musicothérapie

A l’initiative de l’EMTC (European Music Therapy Confederation), le 15 Novembre prochain aura lieu la Journée Européenne de Musicothérapie.

Depuis 2014, des thèmes sont choisis chaque année (The Rhythm of Life, Let’s Play, etc.). Cette année, le thème est « Beat the Drum ».

L’idée est que durant cette journée (et autour de cette journée), des ateliers soient organisés à travers toutes l’Europe, avec comme thème central « Beat the Drum« .

Pour toute information complémentaire, vous pouvez consulter la page que la Fédération Française de Musicothérapie y consacre ici, ou directement sur le site de la journée européenne de la musicothérapie ici.

« On connait désormais les effets de la musicothérapie sur le cerveau » (ou pas)

La musicothérapie fait parler. De plus en plus. Et c’est bien.

Pourtant, c’est un domaine encore mal compris, souvent sujet à des raccourcis du type « La musique adoucit les moeurs », que nous entendons si souvent à tort et à travers.

De plus, les articles destinées au grand public, traitant des recherches en sciences sociales, sont malheureusement fréquemment présentés d’une façon sensationnaliste et erronée. 

Il est donc primordial d’être à même de recevoir les informations avec les pincettes qui s’imposent, et d’utiliser les outils à notre disposition pour un accès à une information fiable et vérifiable. 

C’est cette démarche que nous allons tenter de mettre en avant au travers de cette rubrique, consacrée au « débunkage » des informations sur la musicothérapie destinées au grand public. Notez que chaque argument avancé est sourcé, donnant la possibilité à chacun d’aller faire ses propres recherches et de se forger son propre avis. 

Présentation de l’article

L’article en question

Pour commencer, intéressons nous à l’auteur de l’article. Il s’agit de Johanna Hébert, chargée de production. Elle n’a aucune formation médicale ou scientifique, ou reliée, ce qui peut éventuellement limiter la qualité de son analyse. Source : Linkedin

L’article est publié sur le site Pourquoi Docteur?, se décrivant lui-même comme « le site santé de référence avec chaque jour toute l’actualité médicale décryptée par des médecins en exercice et les conseils des meilleurs spécialistes ». Raté, l’auteur en question n’est ni médecin, ni spécialiste du domaine abordé…  

L’Article Décrypté

Un intérêt tout sauf récent

L’article avance le postulat que « Mais la manière dont elle [la musicothérapie] agit sur le cerveau était encore floue » : C’est faux. De très nombreux corpus ont été constitués autour de l’effet de la musique sur le cerveau, et nous avons aujourd’hui une vision assez précise des mécanismes à l’oeuvre en musicothérapie. Cet intérêt est donc loin d’être nouveau. Nous pouvons mentionner Oliver Sacks, pour ne citer qu’un auteur, et son ouvrage « Musicophilia » publié en 2007. 

Un mécanisme thérapeutique multiple 

Les variations dans les ondes cérébrales ne sont en aucun cas l’unique source d’efficacité de la musicothérapie. Les neurotransmetteurs sécrétés lorsqu’un individu est exposé à un matériau sonore sont légions, chacun ayant un impact fort sur les réponses psycho-physiologiques du patient. 

Pour un aperçu de l’état de la recherche à ce sujet, consulter la revue de littérature de D. Hodges : Hodges, D. (2010). Psychophysiological measures. Handbook of music and emotion: Theory, research, applications, 279-311.

Les objectifs de la musicothérapie

« Le but de la musicothérapie est d’améliorer le bien-être du patient et sa confiance en lui. » Faux, ou plutôt affirmation très lacunaire => C’est un peu plus complexe que ça. La définition exacte de la Fédération Française de Musicothérapie : pratique de soin, de relation d’aide, d’accompagnement, de soutien ou de rééducation. Elle utilise le son et la musique, sous toutes leurs formes, comme moyen d’expression, de communication, de structuration et d’analyse de la relation.

Une musique est-elle « relaxante »? 

L’article poursuit : « […] il existe plusieurs types de séance: le musicothérapeute peut faire écouter de la musique relaxante ou le patient peut lui-même jouer d’un instrument de musique afin de s’exprimer. »

L’une des première chose que l’on apprend lorsque l’on se forme à la musicothérapie, c’est le caractère intrinsèquement subjectif de la perception musicale. En d’autres termes, une musique évoquera une certaine émotion, un certain souvenir pour une personne, et une émotion ou un souvenir différent pour une autre. Il n’y a donc dans l’absolu pas de « musique relaxante » à proprement parler. C’est le support audio choisi ainsi que le protocole utilisé, tout deux déterminés de façon spécifique pour le patient et reliés à un objectif donné, qui va faire la différence. 

Pour des informations plus poussées concernant la musicothérapie réceptive, il est possible de consulter l’ouvrage de Grocke & Wigram (2006)Receptive methods in music therapy: Techniques and clinical applications for music therapy clinicians, educators and students.

La musicothérapie active

« […] le patient peut lui-même jouer d’un instrument de musique afin de s’exprimer. » Le type de musicothérapie décrit ici est la musicothérapie dite « active ». Si celle-ci implique en effet l’utilisation d’instruments de musique par le patient, l’objectif poursuivi n’est pas forcément « l’expression ». Loin s’en faut.

Il apparaît d’ailleurs souvent en pratique que cette expression via le média sonore n’est qu’un moyen et non une fin en soi. Elle peut permettre par exemple de travailler sur l’affirmation de soi, de s’inscrire dans une dynamique de groupe, de travailler l’attention divisée, etc.

En règle générale, la musicothérapie active s’adresse donc plutôt à des objectifs d’interaction, d’expression des émotions, de rééducation d’un membre, ou de réhabilitation cognitive (amélioration de l’attention, de la mémoire, etc.)

Les Techniques Utilisées

La Méthode Bonny en Musique et Imagerie Guidée

« Il existe un autre type de séance, au cours de laquelle le thérapeute joue d’un instrument, et la patient décrit les images qui lui viennent [en] tête. Cette technique s’appelle la Méthode Bonny en Musique et imagerie guidée. »

=> La définition donnée dans l’article n’est pas sourcée.

A propos de cette technique spécifique, Beebe & Wyatt (2009) déclarent : 

 » La GIM permet d’explorer de manière créative des matériaux inconscients. Bien que sa base de recherche soit clairsemée, les rapports personnels et anecdotiques fournissent des preuves frappantes de son potentiel de changement dans la vie.  » (traduction libre, Extrait de : Beebe, L. H., & Wyatt, T. H. (2009). Guided imagery & music: Using the bonny method to evoke emotion & access the unconscious. Journal of psychosocial nursing and mental health services, 47(1), 29-33.)

Ces auteurs explicitent donc le fait que la méthode Bunny se base essentiellement sur des méthodes empiriques et des intuitions personnelles, plutôt que sur une base scientifique rigoureuse. 

La Méthode Bunny en Musique et Imagerie Guidée est un protocole établi il y a plus de cinquante ans. Il est donc légitime de se demander pourquoi son utilisation n’est pas plus étayée par la littérature scientifique. Dans la seule revue systématique disponible à ce jour (McKinney & Honig, 2017), seule huit études ont été retenues pour leur qualité méthodologique.  

L’hyperscanning

Il s’agit d’une technique intéressante, mais dont les résultats sont à prendre avec précaution. Le neuroscientifique David Poeppel de l’Université de New York affirme que cette technique est « plus de deux fois plus complexe » qu’une recherche habituelle utilisant l’imagerie cérébrale . Cela requiert de l’immobilité et de la rigueur de la part des scientifiques en matière de contrôle expérimental. Il explique que sur deux cerveaux, l’expérience est d’autant plus complexe car il faut « synchroniser les machines, les données, et l’acquisition des données ». 

Il est donc très probable que les résultats soient biaisés sur des études n’incorporant qu’un échantillon réduit de patients. De plus, il est aujourd’hui plus judicieux de se tourner vers des techniques d’imagerie plus modernes  et fiables comme la magnétoencéphalographie (MEG), ou encore l’imagerie spectroscopique proche infrarouge fonctionnelle (ISPIf).

La Publication

Lien de l’étude

Les auteurs (Fachner et al., 2019) l’admettent eux-mêmes : cette étude présente un certain nombre de limites, et pas des moindres. 

« This is an explorative single case study investigating a real- life music therapy session. Therefore, findings need to be interpreted with caution and cannot be generalized. In a strict sense, this study cannot be repeated and findings not be replicated. » 

Traduction : « Il s’agit d’une étude de cas exploratoire portant sur une séance de musicothérapie en situation réelle. Par conséquent, les résultats doivent être interprétés avec prudence et ne peuvent être généralisés. Au sens strict, cette étude ne peut être répétée et les résultats ne peuvent être reproduits. »

Il s’agit donc d’une étude de cas. Pour comprendre les effets de la musicothérapie, et surtout son fonctionnement, il peut être pertinent de s’orienter davantage vers des études avec des échantillons plus représentatifs permettant d’avoir des résultats statistiquement significatifs. 

Notons que le « patient » en question était en réalité un thérapeute formé à la musicothérapie, avec plus de vingt ans d’expérience. Il est donc délicat de prétendre à une quelconque représentativité des résultats obtenus. 

Deux observateurs formés à la méthode Bunny ont visualisés les enregistrements vidéos de la séance afin d’en identifier les étapes importantes. On est loin du standard du double aveugle, clairement, et il existe bien évidemment un biais de confirmation probable. Plus d’infos ici.

Pour Schultz et son équipe (1995), les études non randomisées surestiment les effets du traitement de 41% avec des méthodes inadéquates et de 30% avec des méthodes confuses. Le fait est que l’étude dont il est ici question cumule à la fois des problèmes d’échantillonnage et de méthodologie. Est-il vraiment pertinent d’écrire un article à son propos intitulé : « On connaît désormais les effets de la Musicothérapie sur le Cerveau » ? La réponse est sans appel : non.

Conclusion

La recherche scientifiques sur les effets et le fonctionnement de la musicothérapie est un domaine en pleine expansion, notamment grâce à la compréhension croissante de la « neuro-cognition musicale », c’est-à-dire la façon dont le cerveau traite l’information musicale, mais également comment celle-ci le transforme, notamment via la plasticité cérébrale. Ces publications sont issues de champs d’investigation divers et variés, et il est donc important de communiquer sur leurs résultats de façon accessible au grand public. Ce n’est que par ce biais que la musicothérapie trouvera peu à peu davantage de reconnaissance et de place dans le champ de la santé.

Malheureusement, comme dans tant d’autres domaines de la recherche scientifique, particulièrement dans les sciences dites « sociales », la distillation journalistique des informations tend à privilégier le sensationnel au rationnel. D’où la nécessité que ces transmissions de connaissances soient effectuées par des personnes au fait du sujet qu’ils traitent et possédant une bonne compréhension de la démarche scientifique.  

C’est bien de parler de la musicothérapie, mais lorsque c’est sans formation adéquate et à propos d’une étude à la méthodologie lacunaire, il ne peut en ressortir au mieux qu’un article sensationnaliste qui n’apporte guère de crédit à la profession. 

Bonjour à tous !

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Le site est en construction pour le moment, mais sera, nous l’espérons, rapidement opérationnel.

D’ici là, pour toute question, veuillez nous contacter à l’adresse : neuromusicotherapie@gmail.com

A très bientôt !